Innovation

[Chronique] Villes intelligentes africaines: entre utopie et réalité

Le concept de ville numérique ou ville intelligente est très en vogue un peu partout dans le monde. Cette alternative vient en renfort pour gérer l’urbanisation galopante et permettre de désengorger les grandes villes. L’Afrique continent de tous les possibles ne veut pas une fois encore se faire conter cette révolution.

Aussi, le vocable « smart city » et ses variantes semblent très à la mode dans de nombreux pays d’Afrique. Si l’on note des progrès remarquables en Afrique du Sud, au Kenya ou encore au Nigeria, la plupart des autres pays donnent plus l’impression de vendre du rêve aux acteurs du numérique en lieu et place de réalisations concrètes.

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La « Diamniadio Valley »

La twittosphère sénégalaise s’est déchaînée récemment sur Twitter pour dénoncer les promesses non tenues du président Macky Sall avec le hashtag #PrometDesTrucsCommeMackySall. On pourrait aisément ajouter à la liste des engagements qui ne se concrétiseront pas, celle de faire de Diamniadio un hub numérique régional d’ici 2017.
Diamniadio, petite ville de quelques habitants au sud de Dakar a été choisie pour devenir la ville intelligente du Sénégal. En théorie, il y est prévu entre autres infrastructures une plateforme d’incubation d’entreprises de TIC, un centre de production audiovisuelle et de développement de contenus, un institut de recherche, … et même un Datacenter ! On y entrevoit déjà la Silicon Valley de l’Afrique à telle enseigne qu’on lui donne la pompeuse appellation de « Diamniadio Valley ».

En termes de réalisations et de délais, le projet a été officiellement lancé le 25 mai 2014. Selon le calendrier prévisionnel un lot d’immeubles devrait être livré en Décembre 2015. Le projet de construction du parc de technologies au sein de la nouvelle ville devrait démarrer en Janvier 2016 pour un début d’exploitation en 2017. L’objectif est d’avoir en 2025 environ 35 000 emplois directs et 105 000 emplois indirects. Pour accompagner financièrement le projet, la Banque Africaine de développement a approuvé le 21 octobre 2015 un financement de 70 millions d’euros. Malgré cela, le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est que les fruits ne tiennent pas la promesse des fleurs. A la date de Janvier 2016, force est de constater qu’on en est encore à la construction de la ville et non pas du parc technologique comme prévu.

Tout cela démontre clairement le manque de réalisme qui a prévalu dans la conception de ce projet. Mais il n’y a pas que le Sénégal qui entend construire son économie numérique autour d’une cité technologique.

Construire une ville intelligente est un phénomène à la mode en Afrique

En matière de projets de cités technologiques, le Kenya a la konza city, l’Egypte le smart village, le Nigeria n’est pas en reste avec Calabar, le Ghana mise tout sur sa « cité de l’espoir » et le Gabon entend faire de l’ile Mandji le paradis des TIC. A part de rares exceptions sur le Continent, la plupart de ces cités demeurent à ce jour à l’étape de belles maquettes sur les pamphlets, et peinent à se réaliser.

Cités du savoir, villes numériques et intelligentes, l’Afrique rêve d’un futur où on n’entendra plus parler d’elle uniquement pour des raisons de terrorisme, d’épidémie ou de mauvaise gouvernance. Mais il serait peut-être plus judicieux de résoudre les problèmes par étapes, de privilégier une approche pragmatique, de tenir compte des spécificités locales et surtout de communiquer sur ce qui est faisable et éviter de se laisser emporter par des effets de mode.

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